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On a tout lieu de craindre que samedi prochain ne soit l’acmé de la crise des Gilets jaunes. Pourquoi ? Simplement parce que le grand débat ouvert par le Président de la République - en avait-il le choix ? - a fait naître des espoirs dans la population et que les annonces attendues du Chef de l’État pourraient bien décevoir. Est-il même possible qu’elles ne déçoivent pas alors que l’exécutif a donné ce dangereux sentiment que tout était audible, et par voie de conséquence que tout était possible ? Une fraction importante de la population, la plus fragilisée par les évolutions économiques et technologiques, par la fracture territoriale, demande le rétablissement symbolique de l’impôt sur la fortune : si ce marqueur n’est pas concédé, et il n’est pas souhaitable pour l’attractivité du pays qu’il le soit, il faut s’attendre à une profonde colère. Les classes moyennes veulent une moindre pression fiscale...mais l’État exsangue va-t-il la leur concéder ? Les citoyens veulent avoir davantage voix au chapitre, mais instiller une dose de proportionnelle dans le mode d’élection des députés sera-t-il assez puissant  pour les rassurer ?

Si la nation profonde, bien différente de celle des casseurs, ressent de la haine, samedi sera noir, quelques formes que prenne ce ressentiment envers les décideurs publics, pacifiques ou moins pacifiques. Pour cette raison, la conscience de quelques élus, qui annonce la prise de conscience des autres, est vitale : il faut s’occuper enfin des territoires délaissés et leur restituer à toutes forces l’intérêt tous azimuts qu’ils ont eu, parfois glorieux, par le passé. Le gouvernement a lancé le plan Action cœur de ville, qui concerne 222 villes moyennes à ce jour. C’est bien, mais insuffisant. La preuve ? Deux grandes régions - par l’engagement de leurs présidents respectifs, Xavier Bertrand et Carole Delga - et des maires de ces régions, les Hauts-de-France et l’Occitanie, ont passé un accord avec l’association Centre-ville en mouvement et son président, le député de l’Hérault Patrick Vignal, pour identifier sur leur territoire les besoins de revitalisation de façon plus fine que l’État et ses bras armés, Action logement ou encore la Caisse des dépôts et consignations ne l’ont fait. Plus de 140 communes sont ainsi venues grossir la sélection d’Action cœur de ville dans les Hauts-de-France en acceptant de ranimer mar des projets urbains ambitieux les coentres-bourgs et en Occitanie, 650 villages et petites villes ont répondu à l’appel à projet qui a été lancé pour recréer d’authentiques pôle de services de proximité.

Dans ces communes, l’enjeu ne saurait se limiter à réhabiliter le patrimoine immobilier. Il est urgent d’y attirer des commerces et de stopper le développement de centres commerciaux en périphérie. Xavier Bertrand, président des Hauts-de-France, fustige l’impéritie de la Commission nationale d’aménagement commercial, qui a favorisé depuis quarante ans l’assassinat des commerces de proximité par la grande distribution. Ce serait même une erreur manifeste que de croire que le logement précède l’activité : on risque fort de constater que les investisseurs ne se précipitent pas sur le tout nouveau dispositif Denormandie - destiné à favoriser l’acquisition de logements existants à rénover pour les louer -, dans des villes dont l’activité économique ou touristique ou culturelle laisse à désirer, et dans lesquelles la demande locative est très faible. On peut même redouter que les plafonds de loyer, qui sont ceux du dispositif Pinel utilisable dans le neuf, ne soient élevés par rapport au marché et qu’ils inclinent les investisseurs à faire leurs calculs de rendement sur des bases optimistes, faisant des déçus de l’immobilier.

La priorité va à la captation rapide de commerces et d’artisans, mais encore de professions libérales, notamment dans le secteur de la santé. Les leviers dans les mains des élus sont plus nombreux qu’on le croit : l’expérimentation permet d’explorer des chemins vierges ou mal connus, tels que l’objectif zéro chômeurs ou encore le concept de territoires financiers solidaires, authentiques zones franches améliorées. Les avantages imaginés sont puissants, tels que l’exonération de cotisation foncière des entreprises (CFE) et de taxe foncière les acteurs économiques qui joueraient le jeu de venir dans ces communes abandonnées. Les décisions seraient prises et assumées financièrement à l’échelon des intercommunalités. Le résultat à en attendre est clair : rendre de nouveau les centres-bourgs et les centres de villes moyennes vivants et agréables, pour que les ménages y retournent et aient envie de les habiter. Il faut néanmoins se méfier de deux écueils : le premier consisterait à oublier que ces territoires ont besoin d’entreprises génératrices d’emplois, dans l’industrie comme dans les services, et que les activités de proximité, pour employeuses qu’elles soient, ne sont pas suffisantes. L’autre erreur consiste à condamner de la même manière les hypermarchés et les supermarchés, comme coupables de l’étalement urbain, et les maisons individuelles. Dans les zones périphériques des villes moyennes, sur le territoire des petites communes rurales ou rurbaines, les ménages sont pour l’essentiel d’entre eux désireux d’habiter une maison individuelle. Alors que les parcelles mesuraient 800 ou 1.000 mètres carrés il y a quinze ans, elles se sont réduites de moitié et consomment beaucoup moins de terrains, luttant ainsi contre l’artificialisation des sols. On pècherait à vouloir installer partout le modèle de la ville, quelle que soit sa dimension.

Les élus régionaux qui ont pris la tête de ce mouvement exemplaire de revitalisation de leur tissu urbain revendiquent une approche qui dépasse les clivages partisans. Ils aiment tous leur territoire et veulent tous œuvrer à la cohésion des territoires entre eux, pour une France ressoudée et apaisée. C’est un impératif républicain de première importance. Une conséquence de cet effort sera de revaloriser le patrimoine des ménages qui vivent dans ces endroits de notre pays et de réparer une injustice économique et sociale : il n’est pas admissible que les efforts d’épargne, d’endettement, d’accession à la propriété, d’investissement de ces Français soient anéantis par l’asthénie économique de leurs communes de vie, quand les citadins des grandes villes profitent de la plus-value résultant de l’attractivité toujours majorée des villes-phares de nos métropoles. 

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